Sommaire
Volume 22 No. 2, 2007
GOUVERNANCE URBAINE ET LÉGALITÉ D'EN BAS
Randy
Lippert & Kevin Stenson, Coordinateurs
Introduction
Urban Governance and Legality "From Below" 1
Gouvernance urbaine et légalité "d'en bas"
4
INTRODUCTION : Gouvernance urbaine et légalité d'en
bas
À travers le globe, la gouvernance des humains est soumise
à des changements drastiques. Dans les démocraties libérales,
nous connaissons l'histoire désormais familière d'un
déplacement de la responsabilité de bureaucraties fédérales
centralisées vers de multiples organismes locaux sinon hybrides
dont le contrôle n'est visiblement ni public ni privé.
De telles autorités sont apparues afin de suppléer et
même de se substituer à la traditionnelle distribution
étatique des services en se fondant sur de nouvelles stratégies,
formes de savoir et du langage dominant de la communauté. Ces
nouvelles modalités de la gouverne politique entraînent
l'introduction d'une variété de mécanismes issus
de réformes législatives qui créent plus de distance
entre la communauté des citoyens et les décisions des
autorités politiques fédérales. Les études
sur la gouvernementalité et les recherches en droit et société
ont documenté jusqu'à un certain point ces mutations
complexes au sein et à travers des cadres nationaux. Ce vaste
ensemble de changement est référé à un
" libéralisme avancé " ascendant ou "
post-keynesianisme " mais est aussi plus généralement
nommé " néo-libéralisme " dans les
cercles d'études de la gouvernementalité. Ce qui demeure
cependant absent de ces volumineux rapports sur le changement n'est
autre que la reconnaissance de formes de gouvernance et de légalité
moins évidentes, voire innommables. Ces formes opèrent
pourtant dans la société civile, à ses marges
et dans d'obscurs corridors de strates inférieures des bureaucraties
d'État. Ce que nous appelons " gouverner d'en bas "
n'est autre qu'un concept-dispositif qui cherche à éclairer
ces formes tout autant que les agents qui y correspondent, les rationalités
et savoirs inscrits dans les nouvelles modalités de la gouverne
politique, alors qu'elles tendent à être négligées
à cause de la perception largement répandue de leur
manifestation banale, immorale ou même criminelle.
L'urbain est au cur de la transition au néolibéralisme
et un prisme clair pour observer la gouvernance " d'en bas ",
ses tensions et articulations avec celle " d'en haut ".
Les formes néolibérales de la gouvernance urbaine sont
souvent manifestes parmi les efforts ambitieux pour revitaliser des
économies urbaines décimées par la globalisation.
Leur objectif est de créer des espaces urbains sous surveillance
privée et donc plus sûrs où peuvent vaquer des
consommateurs, des habitants et des citoyens plus actifs. Les agents
comme les stratégies de la gouvernance " d'en bas "
tendent cependant à être négligés sinon
rejetés en tant qu'aspects intrinsèques du fonctionnement
et parfois de l'échec de cette nouvelle gouvernance urbaine.
Les types de légalité émergeant de la structure
urbaine sont également méconnus, tout particulièrement
les règlements et ordonnances municipaux, les codes privés
et les règles courantes qui visent le comportement dans des
espaces urbains vitaux et stratégiques. Une telle légalité
est significative puisqu'elle peut provoquer sinon devenir un moyen
stratégique pour contourner la gouvernance " d'en haut
". Les formes de gouvernance et de légalité "
d'en bas " peuvent jusqu'à un certain point convenir et
s'estomper, être source de distinction et de tension avec l'urbanisme
néolibéral. Ce faisant, elles attirent l'attention vers
les politiques locales de la gouvernance urbaine qui, elles, exigent
une étude empiriquement ancrée et moins centrée
discursivement que ce que nous observons dans le champ des travaux
socio-juridiques et de la gouvernementalité.
Ce numéro thématique de la Revue Canadienne Droit et
Société a pour objet les formes et les caractéristiques
de la gouvernance urbaine contemporaine telles qu'elles s'expriment
dans leurs relations entre la gouvernance " d'en bas " et
celle " d'en haut " quant aux dimensions socio-juridiques
et à la distribution de services de sécurité.
Une équipe internationale de chercheurs s'est associée
à ce projet en explorant des questions fondamentales, théoriques
et méthodologiques, grâce à des recherches menées
dans des sites urbains en Australie, au Canada et au Royaume-Uni.
Trois articles axent leur argumentation plus ou moins directement
sur la distribution des services de sécurité et de contrôle
de la criminalité, des programmes qui sont à l'avant-scène
des restructurations de la gouvernementalité urbaine et peuvent
même servir de canaux de transmission au changement. Les deux
autres contributions explorent la gouvernance d'espaces et de types
de conduite-la prostitution et la circulation piétonne-si nettement
associés à l'urbain. Les agents de la gouvernance "
d'en bas " débusqués par ces cinq articles vont
de réseaux de crime organisé, de tenanciers de bars
du centre-ville moralement suspects, de petits bureaucrates municipaux,
à des organismes sur le terrain aidant les travailleuses du
sexe. Interprétant de diverses façons la gouvernance
" d'en bas ", notamment en relation avec l'État,
ces articles dévoilent effectivement la fécondité
d'une approche qui se penche sur ces formes négligées
pour la compréhension de la gouvernementalité contemporaine
de la vie urbaine.
Dans l'article qui ouvre ce numéro, " La gouvernance non-étatique
'd'en bas' : vers une perspective critique ", Kevin Stenson et
John Lea proposent une introduction à ce thème. Ils
le font en énonçant comment le concept de " gouvernance
d'en bas " réfère à un ensemble d'agents
avec des projets de gouvernance, des formes de savoir et d'expertise
distincts de ceux de l'État dont ils usent afin d'asseoir leurs
aptitudes à gouverner des territoires et des populations urbains.
Ils peuvent impliquer le contrôle du crime organisé,
de réseaux paramilitaires et terroristes opérant dans
les villes, au-delà de la souveraineté de l'État
au sein et entre les nations, mais peuvent aussi être insérés
dans des formes de gouverne publique. Stenson et Lea soutiennent que
l'insistance traditionnelle sur la gouvernance " d'en haut "
devrait être complétée en y associant celle "
d'en bas " par des acteurs non-étatiques. Contestant que
ces formes civiles de gouvernance ne trouvent prise que depuis le
désengagement de l'État central, ils avancent que les
développements récents dans le contrôle de la
criminalité témoignent d'une réarticulation complexe
des relations de gouvernance " d'en haut " et " d'en
bas ", qui peut, de fait, souvent renforcer l'État central.
Des relations de gouvernance " d'en bas " apparemment hostiles
peuvent être impliquées dans des schèmes complexes
d'interdépendance avec celles opérant sous les auspices
de l'État.
Les projets de revitalisation urbaine sont emblématiques des
mutations récentes de gouvernance urbaine et de légalité
et témoignent de formes engagées de gouvernance "
d'en bas ". Dans son article " La revitalisation urbaine,
la sécurité et le transfert de savoir : les cas des
bars pour jeunes et des vitres brisées ", Randy Lippert
analyse un projet de revitalisation de longue durée impliquant
une association de développement des affaires (ADA) à
Windsor, en Ontario. Après l'installation au cur du centre-ville
d'un casino commercial à la Las Vegas, la croissance rapide
dans le nombre et la taille d'établissements d'alcool pour
jeunes était censée affecter de manière nuisible
les ressources policières, le commerce au détail, le
développement résidentiel et les espoirs de revitalisation.
Lippert révèle les liens complexes entre la communauté
d'affaires, le recours par les institutions municipales au rapport
d'un consultant sur la sécurité au centre-ville et les
mesures adoptées afin de résoudre le problème.
Grâce aux outils fournis par Bruno Latour, il montre comment
l'expertise du rapport s'inspirant des " vitres brisées
" a été transférée de contextes urbains
fort éloignés vers des institutions locales tenues pour
responsables de la revitalisation. En devenant le nouveau maître
de la sécurité du centre-ville, l'ADA démontre
un sens politique aigu des affaires alors qu'elle sert d'intermédiaire
entre les tenanciers des bars pour jeunes moralement suspects qui
cherchent à gouverner " d'en bas " les espaces du
centre-ville et les efforts de revitalisation promus " d'en haut
". Il n'en demeure pas moins que le rôle de l'ADA dans
la gouvernance urbaine et celle des services de sécurité
est contingent des développements locaux. Il est par conséquent
beaucoup moins évident et générique que ne semble
le suggérer la littérature scientifique antérieure.
Dans son article " Droits civiques et génie civil: espace
public urbain et logique de circulation ", Nicholas Blomley explore
une rationalité administrative de l'espace urbain, omniprésente
et négligée comme d'autres formes de gouvernance "
d'en bas ". Elle l'est car elle met au centre le flux piétonnier
et pose les personnes (par exemple des manifestants) et des choses
(par exemple des distributrices à journaux) sur le même
plan. Blomley illustre la fréquence et les conséquences
de la logique de la circulation en référence aux règlements
municipaux de Vancouver et grâce à une analyse détaillée
de cas judiciaires impliquant la mendicité et des manifestations
publiques. La banalité de la logique de la circulation, évoquée
dans ces pratiques d'exclusion, est mise en évidence si nous
la contrastons avec le savoir et les pratiques plus frappants de la
planification urbaine. Des recherches ultérieures s'imposent
afin de déterminer sa portée et ses conséquences.
En plus d'attirer l'attention sur cette rationalité urbaine
négligée et des formes associées de légalité,
l'article suggère en effet que gouverner " d'en bas "
peut surgir non seulement de sources non-étatiques mais aussi
des entrailles bureaucratiques des strates inférieures de l'État.
La gouverne de la prostitution urbaine au Royaume-Uni a connu une
mutation substantielle entraînant la dévolution du contrôle
par des organismes étatiques de justice pénale vers
des organismes d'intervention en santé sexuelle d'affiliations
multiples et des institutions non-étatiques. Jo Phoenix examine
l'articulation complexe entre des formes de gouvernance " d'en
haut " qui comptent sur les interventions de la justice pénale
et celles " d'en bas " qui opèrent avec un programme
de bien-être afin de cibler les conséquences de la prostitution
chez les travailleuses du sexe. Dans son article " Gouverner
la prostitution : nouvelles formations, vieux programmes ", elle
montre que bien que des organismes " d'en bas " ont un potentiel
d'intervention radicale dans les vies de femmes lourdement défavorisées,
une telle possibilité est rognée par la capacité
de l'État de redéfinir la population cible et les sites
où la gouvernementalité s'exerce. S'agissant de la prostitution,
cela s'est traduit par la croissance d'organismes de bien-être
qui ont fourni les prérequis au contrôle accru de l'État
et de la prostitution et des organismes d'aide non-gouvernementaux.
Dans l'article final, " Sécurité urbaine, des noeuds
aux réseaux : sur l'importance de connecter des disciplines
", Benoît Dupont et Jennifer Wood plaident pour de nouvelles
approches méthodologiques pour l'étude de la sécurité
urbaine. Recourant à une perspective de gouvernance nodale
et s'appuyant sur des recherches effectuées à Montréal
et à Melbourne, Dupont et Wood argumentent en faveur d'une
meilleure cartographie institutionnelle qui puisse incorporer des
méthodes quantitatives et qualitatives capables de saisir les
développements empiriques tant de la base que du sommet. Ils
insistent sur le besoin d'explorer la force et la nature des liens
entre des noeuds de gouvernance opérant dans les villes tout
en ciblant également les rationalités et formes de savoir
et de pouvoir qui surdéterminent ces noeuds. Dupont et Wood
relèvent ainsi plusieurs contributions interdisciplinaires
potentielles de champs aussi variés que la psychologie, l'économie,
la géographie et l'aménagement urbain afin de mieux
éclairer les modalités de sécurité urbaine.
Le concept de gouvernance nodale est invoqué comme correctif
à des perspectives qui opteraient soit pour l'État ou
pour les agents non-étatiques de la gouvernance. Cet article
contraste ainsi avec l'idée-force de l'article d'ouverture
et jette de la lumière non seulement sur des approches méthodologiques
mais aussi sur le débat théorique naissant quant au
caractère nécessaire de formes de gouvernance "
d'en haut " et " d'en bas ".
John
Lea & Kevin Stenson
Security, Sovereignty, and Non-State Governance "From Below"
9
Résumé
Les chercheurs en gouvernementalité explorent les nouveaux
modes post-keynesiens et pluralistes de la gouverne publique en articulant
les organismes étatiques et non-étatiques. L'insistance
sur la " gouvernance d'en haut " doit être complétée,
notamment dans les espaces urbains, par celle dévolue à
la " gouvernance d'en bas " par des acteurs non-étatiques.
La " gouvernance d'en bas " peut impliquer des acteurs allant
d'associations commerciales et d'initiatives populaires au crime organisé
et aux réseaux paramilitaires opérant dans les villes,
au-delà de la souveraineté de l'État, au sein
et entre les nations. Dans les pays riches et pauvres, de telles pratiques
peuvent être conflictuelles mais peuvent aussi être inscrites
dans des formes de gouverne publique. Cet article conteste l'idée
que la gouvernance d'en bas comble un vide laissé par le désengagement
de l'État-nation. Ces développements témoignent
plutôt de complexes formes de réarticulation de la gouvernance
d'en haut comme d'en bas, qui peuvent parfoir renforcer l'autorité
légale de l'État.
Randy
Lippert
Urban Revitalization, Security, and Knowledge Transfer:
The Case of Broken Windows and Kiddie Bars 29
Résumé
Cet article analyse le projet de revitalisation urbaine d'un centre-ville
canadien et le problème que posait la mise en lumière
d'aspects négligés de relance urbaine, de sécurité
publique et de transfert de connaissances. L'utilisation des propriétés
du centre-ville de Windsor a peu à peu cédé aux
forces du marché et le quartier a connu une prolifération
de bars pour jeunes. Le résultat en était un problème
de sécurité publique à connotation morale, ce
qui a semblé grever les ressources policières et nuire
tant à la vie et au développement résidentiels
qu'au commerce de détail. En utilisant la gouvernementalité
et des outils analytiques influencés par la méthode
Latourienne, l'auteur examine; (1) le rôle de la Business Improvement
Association (association pour favoriser le commerce) du centre de
Windsor; (2) l'influence progressive du rapport d'un consultant auprès
des institutions municipales; et (3) les mesures qui en ont résulté,
incluant un règlement municipal provisoire suivi d'un règlement
de zonage visant à redéfinir un type de bar à
permis, appelé " bar pour jeunes " (kiddie bar) L'auteur
discute des conclusions à tirer de cette analyse pour comprendre
le rôle de la Business Improvement Association, la gouvernance
" d'en bas, " et le transfert des connaissances.
Nicholas
Blomley
Civil Rights Meet Civil Engineering: Urban Public Space and Traffic
Logic 55
Résumé
En dépit de divergences idéologiques, les travaux savants
sur l'espace public entendu comme site de rencontre entre les gens
ont eu tendance à se centrer sur ses aspects éthiques
et politiques. Cela s'est fait au détriment de ce que l'auteur
nomme " la logique de circulation ", une perspective envahissante
de l'espace public qui fait valoir le mouvement et le flux des piétons
et ne discrimine guère entre des corps et des choses. L'article
illustre la fréquence et les conséquences de la logique
de circulation en référant aux règlements municipaux
de Vancouver. L'auteur relève ses importantes conséquences
grâce à de brèves discussions de cas impliquant
la mendicité et des manifestations publiques. L'étendue
de la logique de circulation et l'évidence bureaucratique,
bien qu'importantes, permettent mal de discerner ses effets comme
sa portée. Forme influente bien que courante de la gouvernance
urbaine, elle exige un examen plus minutieux.
Jo
Phoenix
Governing Prostitution: New Formations, Old Agendas 73
Resumé
Les travaux récents sur la gouvernementalité distinguent
comment celle-ci peut s'exercer " d'en haut " comme "
d'en bas " afin d'éviter des analyses verticales de l'État
et de reconnaître les modalités multiples d'expression
de ce pouvoir. En analysant des mutations clé de la régulation
de la prostitution au Royaume-Uni depuis trois décennies, il
est possible de compliquer la distinction entre ces deux modes de
gouvernance. Bien que plusieurs auteurs soulignent que la distinction
est de plus en plus brouillée entre ces deux modes, nous soutenons
que s'il est difficile de débrouiller les programmes de gouvernement
" d'en haut " et " d'en bas ", ce n'est guère
le cas dès qu'il s'agit des conséquences sur les travailleuses
du sexe. La régulation demeure enracinée dans les réactions
coercitives et punitives de la justice pénale, même si
les associations " d'en bas " peuvent être chargées
par l'État de les exécuter.
Benoît
Dupont & Jennifer Wood
Urban Security, from Nodes to Networks:
On the Value of Connecting Disciplines 95
Résumé
S'appuyant sur le cadre théorique de la gouvernance nodale,
cet article cherche à établir l'utilité d'échanges
plus approfondis entre diverses approches disciplinaires pour étudier
la sécurité urbaine. Nous suggérons notamment
la mise en uvre d'une démarche analytique plus robuste
incorporant des techniques quantitatives et qualitatives qui peuvent
à la fois tenir compte des initiatives émanant de la
base (les citoyens) et du sommet (les dirigeants politiques et les
entrepreneurs). Bien que nous accordions une grande importance à
la mesure de la nature et de la force des liens qui unissent les nuds
de gouvernance, nous suggérons aussi qu'une attention égale
soit accordée à la description de leurs rationalités,
et des savoirs et capacités différenciés qu'ils
mobilisent. Nous explorons également un certain nombre de contributions
transdisciplinaires qui pourraient enrichir considérablement
ce projet, plus particulièrement en psychologie, en économie,
dans le domaine du travail social et de la santé, ou encore
en géographie et en urbanisme. Nous nous appuyons sur des projets
de recherche que nous avons menés à Montréal,
au Canada, et à Melbourne, en Australie.
_______________________________________________________________________________
DOSSIER:
LA COMMISSION DU DROIT DU CANADA
Yves Le Bouthillier
Introduction 113
Roderick A. Macdonald
Jamais deux sans trois ... Once Reform, Twice Commission, Thrice Law
117
Résumé
La décision du gouvernement canadien de cesser de financer
la Commission du droit du Canada, à l'automne 2006, était
du même tenant que celle de 1993, de supprimer l'ancienne Commission
de réforme du droit du Canada. Comme on pouvait s'y attendre,
la création de la Commission du droit du Canada fut justifiée
par les mêmes arguments généraux invoqués
lors de l'établissement de la Commission de réforme
du droit. La clôture eut lieu, en 1993, après que la
Commission de réforme du droit avait plus ou moins abandonné
son mandat originel et se limita à des fonctions exercées
par des organismes provinciaux de réforme du droit. Celle de
2006 advint, par contre, parce que la Commission du droit n'avait
pas abandonné son mandat légal. Cette note explore les
conceptions du droit, de la réforme et des commissions (comme
structures institutionnelles) grâce auxquelles la participation
et l'engagement publics à ré-imaginer le droit ont été
poursuivis à l'échelle fédérale. Plutôt
que de lamenter sur la disparition des deux Commissions, nous proposons
une évaluation optimiste des choix de politiques qu'un parlement
avisé et sage pourrait prendre pour la prochaine réitération
de l'idée de réforme du droit.
Nathalie
Des Rosiers
In Memoriam : La Commission du droit du Canada /
The Law Commission of Canada, 1997-2006 145
Résumé
In Memoriam est un article divisé en deux parties. In Memoriam
I dresse un portrait de l'interaction entre certaines idées-phares
sur la réforme du droit et la contribution de la Commission
du droit du Canada. L'auteure retrace comment les travaux qui ont
précédé la promulgation de la Loi sur la Commission
du droit du Canada, le préambule et le texte de la loi et le
modèle développé s'inscrivaient dans une tentative
de moderniser, voire de démocratiser, le modèle décrit
comme " endogène " de réforme du droit. Trois
aspects du modèle de la Commission du droit sont présentés:
la définition d'un cadre de recherche au-delà des catégories
juridiques, l'utilisation d'une expertise multidisciplinaire et citoyenne,
et un éventail de recommandations qui s'étendaient au-delà
de la seule solution législative. L'auteure suggère
que la Commission était née dans un contexte de réflexion
sur les modèles institutionnels et s'est inspirée de
ce contexte pour promouvoir une méthodologie plus ouverte visant
une articulation plus dynamique des problèmes, invitant des
expertises nouvelles, telles les expertises d'action communautaire
et finalement offrant une panoplie très large d'action et de
recommandations. In Memoriam II présente les défis de
la réforme du droit entendue dans son sens large. Premièrement,
celui de traduire entre les auditoires, entre les disciplines, entre
le monde académique et le secteur des politiques publiques
et entre le monde académique et le grand public. Un deuxième
défi est déstabiliser le statu quo dans lequel l'expertise
juridique et scientifique est souvent ancrée et de gérer
les peurs de changement. Finalement, l'auteure suggère que
le principal défi de la réforme du droit est d'habiliter
les différents groupes de citoyens à demander du bon
droit et à mettre en vigueur les réformes proposées.
Une " éthique du soin ", inspirée des travaux
de différents mouvements féministes et autres, est préconisée
pour permettre que les justiciables passent de l'état d'objet
de recherches à celui de sujet de recherches et agent de changement.
_______________________________________________________________________________
Nir Kedar
Law, Culture, and Civil Codification in a Mixed Legal System 177
Résumé
Les comparativistes décrivent généralement les
juridictions mixtes comme ayant été construites sur
la double fondation du droit civil romano-germanique et de la common
law anglo-américaine. Cette description largement acceptée
examine les juridictions mixtes à partir d'une perspective
juridique formelle interne. Mon étude propose un nouveau prisme
analytique pour examiner les juridictions mixtes: une perspective
qui prend en considération l'interaction complexe entre le
droit et la culture dans une juridiction mixte. L'étude de
cas est la codification du droit privé dans la juridiction
mixte qu'est Israël. Un code civil ne reflète pas la logique
interne ou l'histoire du système juridique israélien,
étant donné que celui-ci a été façonné
principalement sur des idées anglo-saxonnes qui découragent
généralement les codifications. Du point de vue culturel,
par contre, le principe de la codification n'est pas entièrement
étranger à la société israélienne,
vu qu'un code civil est perçu comme un symbole d'indépendance
juridique et de modernisation ancré dans la culture politique
européenne qui est si bien connue par la plupart des Israéliens.
L'histoire de la codification en Israël illustre qu'au-delà
du mélange du droit civil et de la common law en droit israélien,
le système juridique israélien est également
mixte dans le sens, qu'il contient un mélange entre le droit
qui est principalement (bien que non exclusivement) influencé
par la tradition anglo-saxonne, et la culture politique et juridique
qui est surtout inspirée des idées propres à
l'Europe continental et qui ont été importées
en Israël par les immigrants juifs.
Avner
Levin
Big and Little Brother: The Potential Erosion of Workplace Privacy
in Canada 197
Résumé
Des recherches récentes révèlent que le contrôle
et la surveillance des travailleurs au Canada augmentent. Parallèlement,
le gouvernement fédéral canadien réclame un accès
accru aux bases de données exclusives à des fins juridiques.
Il existe donc une réelle possibilité que les données
de contrôle et d'accès des employés soient consultées
régulièrement par divers organismes gouvernementaux
et judiciaires. Comme les travailleurs de bien de provinces jouissent
de peu de mesures légales de protection de la vie privée,
et puisqu'il est improbable que de nouvelles mesures soient adoptées,
les employeurs doivent assumer leur rôle de membres socialement
responsables dans une société libérale et démocratique,
et respecter la règle de droit en réduisant la cueuillette
de renseignements personnels des travailleurs.
Note
critique
Elsa Acem
Legal Expertise, Scientific Knowledge, and Medical Ethics at a Crossroads
231
Comptes-rendus
A
Response to a Review by Randy Lippert of:
Governing From Below: Urban Regions and the Global Economy
New York: Cambridge University Press, 2002.
J. M. Sellers 245
Trudo
Lemmens & Duff R. Waring (eds.)
Law and Ethics in Biomedical Research: Regulation, Conflict of Interest,
and Liability
Toronto: University of Toronto Press, 2006.
Marie-Andrée Jacob 248
Paul
C. Friday & Xin Ren (eds.)
Delinquency and Juvenile Justice Systems in the Non-Western World
New York: Criminal Justice Press, 2006.
Jim Hackler 251
David
Szablowski
Transnational Law and Local Struggles: Mining, Communities and the
World Bank
Oxford & Portland: Hart Publishing, 2007.
Bonnie Campbell & Myriam Laforce 254
Philip
Slayton
Lawyers Gone Bad: Money, Sex and Madness in Canada's Legal Profession
Toronto: Viking Press, 2007.
Paul Millar 260
Vincenzo
Ruggiero
Crime in Literature: Sociology of Deviance and Fiction
London: Verso, 2003.
Dale Spencer 262
Sharon
M. Meagher & Patrice di Quinzio (eds.)
Women and Children First: Feminism, Rhetoric and Public Policy
Albany: SUNY Press, 2005.
Lorna Turnbull 265
Jean
McKenzie Leiper
Bar Codes: Women in the Legal Profession
Vancouver: UBC Press, 2006.
Joan Brockman 270